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l'existence determine la conscience

Retraites : le véritable contenu du prétendu débat

6 Mars 2010 , Rédigé par hans Publié dans #Retraites

extrait du IO n°87



Un incroyable “débat” au Sénat, le 19 février, éclaire la signification de la déclaration commune sur les retraites de la CFDT, de la CGT, de l’UNSA, de la FSU et de Solidaires.

 

senat-palais-du-luxembourg_96.jpgLa CFDT, la CGT, la FSU, Solidaires et l’UNSA ont appelé, le soir du15 février, à une «journée qui donne lieu à des grèves et des manifestations dans tout le pays le 23 mars ». Elles déclarent « leur volonté d’agir pour que le débat sur les retraites prenne en compte l’ensemble des questions tant au niveau du public que du privé, notamment le niveau des pensions, l’emploi, le financement, la pénibilité, le Code des pensions et la réduction des inégalités ».Depuis, le PS, le PCF, le Parti de gauche ou encore le NPA ont apporté leur appui à cet appel.

Demander au gouvernement un « grand débat » sur les retraites ? Mais c’est exactement son intention. Ce genre de « débat » a eu lieu au Sénat le 19 février, quelques jours après le lancement de l’appel à la journée du 23mars...

 

Yvon Collin, sénateur du Tarn-et-Garonne, délégué général du Parti radical de gauche : Ma question s’adresse à Monsieur le Premier ministre. Elle concerne un sujet qui impose un consensus républicain, je veux parler de la réforme des retraites. Lundi s’est tenu un sommet social (…). Le président de la République a refusé le recours au passage en force (…). Les réformes ne se font jamais contre les Français, mais avec eux (…). Ces pistes, les voici : sauvegarder le système par répartition, mais recourir à la capitalisation ; envisager un recul de l’âge légal de départ à la retraite ; indexer la durée de cotisation sur l’allongement de l’espérance de vie ; placer la question de la pénibilité et de l’emploi des seniors au cœur du débat ; rechercher de nouvelles sources de financement comme l’élargissement de l’assiette des cotisations ou encore l’augmentation des cotisations patronales pour que les salariés ne supportent pas seuls le poids de cette réforme.

 

• Guy Fischer, sénateur PCF du Rhône : Voilà ce qu’il faut faire !

 

•YvonCollin : Monsieur le Premier ministre (…), êtes-vous prêt à créer les conditions d’un dialogue sincère avec toutes les forces syndicales, politiques et parlementaires pour aboutir à un consensus politique sur la réforme des retraites ?

(Applaudissements sur certaines travées du RDSE [radicaux—NDLR], ainsi que sur les travées du groupe socialiste, de l’Union centriste et quelques travées de l’UMP.)

 

François Fillon, Premier ministre : Monsieur le Sénateur, je veux d’abord vous remercier (...). Nous avons effectivement besoin d’un consensus national sur cette question des retraites (...). Nous entamerons nos travaux à partir du rapport du Conseil d’orientation des retraites, qui sera connu le 15 avril prochain, et dont le  principe est accepté par tous les partenaires sociaux. Une concertation s’engagera ensuite avec ces derniers (...). Si nous parvenons à dégager un consensus sur ce sujet, nous aurons fait faire un grand pas à notre démocratie politique. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et de l’Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

 

Le sénateur du PCF approuve l’appel au consensus, les sénateurs du PS applaudissent... Et tous appellent le 23mars à manifester sur cette base ! Et le Premier ministre, François Fillon, remercie. N’est ce pas d’une totale duplicité ? Qui pourrait avoir le droit de partir plus tôt à la retraite en raison de la « pénibilité » de son travail (lire ci-dessous) ?

 

 

Qui aurait le droit à un départ anticipé à la retraite  en raison de la “pénibilité” de son travail ?

Michèle Simmonin Syndicaliste

 

Qu’est-ce que la “pénibilité” ?

Les salariés ayant exercé des métiers pénibles devraient avoir le droit de partir plus tôt à la retraite. Sachant que cette proposition est très largement partagée, ceux qui se prononcent aujourd’hui pour un allongement de la durée de cotisation et-ou un recul de l’âge légal de départ à la retraite tentent de le faire passer en nous disant qu’il faudra cependant tenir compte de la pénibilité au travail.

Que propose le gouvernement ?

Aujourd’hui, le gouvernement choisit, au moment où il annonce une nouvelle « réforme » des retraites, de supprimer le droit au départ à 55 ans pour les infirmières hospitalières ! Elles ne pourront y prétendre qu’à 60 ans. Il vient de déposer à cet effet un amendement au projet de loi sur la rénovation du dialogue social dans la fonction publique, dont la discussion doit intervenir au Parlement fin mars !

Cette disposition de départ anticipé avait été instaurée dans la fonction publique pour « les emplois présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles ».

Qui peut nier que les infirmières relèvent pourtant de cette catégorie ?

 

Si même le métier d’infirmière n’est pas reconnu“ pénible”, alors, quelle profession pourrait y prétendre ?

La présidente du MEDEF, Laurence Parisot, soulignait récemment que les critères de pénibilité doivent être mesurés individuellement au cas par cas. Quelle garantie individuelle peut-il y avoir quand il n’y a pas de droits collectifs ? Xavier Darcos, ministre du Travail, reprenant les termes de Mme Parisot, déclare : « On ne va quand même pas recréer des régimes spéciaux après les avoir supprimés. » Il faut « traiter au cas par cas ». Au cas par cas ! Cela ne signifie-t-il pas qu’il faudra produire un dossier médical attestant de l’épuisement total, de l’incapacité à tout travail, voire d’être à l’article de la mort ?

La CGT, en 1910, s’opposait à la loi sur les retraites ouvrières et paysannes basées sur les seules cotisations ouvrières et liquidables à 65 ans parce qu’elle n’instaurait qu’une « retraite pour les morts ». L’âge de départ était initialement fixé à 65 ans, alors que l’espérance de vie était inférieure à cet âge. Cent ans après, sous une autre forme, n’est-ce pas une nouvelle « retraite des morts » qu’ils veulent nous préparer ?

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