Légitime défense - edito information ouvrière
Légitime défense
Travailleurs, le savez-vous ? Vous êtes trop protégés ! Voilà le mal dont souffre le pays : « L’accumulation des protections qui entourent le contrat de travail. » Un mal dénoncé par le président de la République, qui a promis d’y mettre fin au plus vite (1).
D’où la fusion ANPE-Unedic (lire page 5). D’où le pillage et la remise en cause de la Sécurité sociale (lire page 6). D’où l’attaque contre tous les régimes de retraite (lire pages 2 et 3). Toutes ces mesures sont dictées par l’Union européenne, nous le prouvons dans ce journal.
Faut-il s’étonner que, victimes de cette agression généralisée du patronat et du gouvernement, les travailleurs cherchent à se défendre ?
Faut-il s’étonner que cette légitime défense prenne la forme, dans de nombreux secteurs du public et du privé, d’appels communs, dans l’unité, à la grève et à la manifestation du 18 octobre ?
A ce sujet, reconnaissons que certaines affaires semblent mises à jour au bon moment.
Alors même que les travailleurs se tournent à tous les niveaux vers leurs organisations syndicales pour les charger de la défense de revendications vitales, c’est le moment choisi par nombre de responsables politiques et gouvernementaux pour exiger une mise sous tutelle des syndicats, sous prétexte de financement et de représentativité (lire page 7).
Pure coïncidence ? Comme si tous ces projets n’étaient pas contenus dans un rapport Hadas-Lebel remis en mai 2006 !
Ce même 18 octobre, chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront au sommet européen de Lisbonne. A leur menu : l’adoption d’un nouveau traité européen, en remplacement du projet de « Constitution » mis à la poubelle par la victoire du vote non en France et aux Pays-Bas. Dans ce projet de traité, on retrouve tous les traités et directives déjà adoptés, dont découlent les contre-réformes évoquées plus haut, plus quelques innovations. Par exemple, l’amendement 112 stipule : « L’Union reconnaît et promeut le rôle des partenaires sociaux. Le sommet social tripartite pour la croissance et l’emploi contribue au dialogue social. » Ce « sommet social tripartite » existe déjà. Il se tient au minimum une fois par an, le jour même ou la veille du sommet de printemps des chefs d’Etat et de gouvernement. Il réunit la Confédération européenne des syndicats (CES), le patronat européen, la Commission européenne et la présidence de l’Union européenne. Ce sommet social tripartite est en général l’occasion de déclarations communes de la CES et du patronat européen s’insérant dans les points à l’ordre du jour du sommet européen lui-même.
Ce sommet social, répétons-le, existait jusqu’à présent de fait. Avec le nouveau traité, il deviendrait institutionnel.
Ce serait un pas de plus dans l’instauration d’un ordre corporatiste — à l’échelon européen et français — où les organisations syndicales intégrées devraient renoncer à défendre les intérêts particuliers des travailleurs. Et cela, au nom d’un prétendu intérêt général… faux nez des intérêts très particuliers des patrons, banquiers et spéculateurs !
Dans ces colonnes, nous avons alerté récemment contre le danger corporatiste. La menace se précise de jour en jour. Défendre la démocratie en affirmant le droit pour les travailleurs de faire prévaloir leurs intérêts par l’intermédiaire de leurs organisations : telle est la responsabilité d’un authentique parti ouvrier indépendant. A sa construction se sont déjà attelés 5 031 militants, travailleurs et élus de toutes tendances qui ont pris leur carte de participant pour la convention des 24 et 25 novembre.
Et vous ?
Daniel Gluckstein
(1) Discours de Nicolas Sarkozy du 18 septembre 2007.