autonomie des université - un tract de l'AJR
Selon le Premier ministre, François Fillon, la loi sur l’autonomie des universités doit être votée « au mois de juillet », qualifiant cette mesure de « peut-être la plus importante de la législature » (23 mai 2007).
Autonomie des universités : de quoi s’agit-il ?
Selon le Premier ministre, les établissements universitaires pourront « s’organiser comme ils l’entendent, recruter leurs enseignants comme ils l’entendent, créer les enseignements qu’ils veulent, mettre en place les accords avec les organismes de recherche, avec les grandes écoles, avec les entreprises, sans avoir besoin de demander l’autorisation à des tutelles » (23 mai 2007).
Aujourd’hui encore, le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche régit toujours les universités au plan national : par l’habilitation des diplômes, par la répartition du budget des universités, par le traitement de ses fonctionnaires d’Etat, etc.
C’est ce qui permet toujours de préserver, même de manière déformée, l’égalité des droits des étudiants dans leur accès aux études supérieures sur tout le territoire.
Or aujourd’hui, avec l’autonomie des universités, ce dont il s’agit, c’est de mettre fin à cette égalité de traitement des étudiants, en permettant aux établissements universitaires de « s’organiser comme ils l’entendent » et de « créer les enseignements qu’ils veulent » et ce, au détriment en priorité des étudiants sans ressources, en difficulté.
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N’est-ce pas la fin des diplômes nationaux ?
Avec l’autonomie des universités, les établissement universitaires vont donc « créer les enseignements qu’ils veulent », qui débouchent sur les diplômes « qu’ils veulent », sans habilitation par l’Etat, ni caractère national.
Or, un diplôme national, c’est la garantie que les connaissances acquises par l’étudiant et sanctionnées par l’université soient reconnues sur le marché du travail, sur tout le territoire national.
Que peut valoir, sur le marché du travail, un diplôme qui n’est plus reconnu nationalement ?
N’est-ce pas une remise en cause majeure de l’égalité des droits des étudiants, qui se fait au détriment prioritairement des étudiants en difficulté, sans ressources, livrés à eux-mêmes ?
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N’est-ce pas la privatisation des universités ?
Avec l’autonomie des universités, celles-ci vont donc « mettre en place les accords (…) avec les entreprises », notamment pour permettre leur financement.
Le quotidien Le Monde du 24 mai explique à ce sujet que : « Soucieux de piloter de près cette réforme et d’imposer son tempo, M. Fillon a fait venir dans son cabinet (…) Patrick Hetzel, ancien recteur de Limoges, auteur d’un rapport sur les liens entre université-emploi ».
Ce « rapport » rédigé par Patrick Hetzel le 24 octobre dernier, décrit le mode d’emploi de la privatisation : «développer le mécénat d’entreprise aux universités » (p.62) ; « implanter des entreprises à proximité immédiate des campus universitaires » (p.45) ; « en Grande-Bretagne, des universités favorisent l’implication directe des entreprises dans la définition du contenu de certains cursus […]
Ford a créé, avec l’université de Loughborough en Grande-Bretagne, un Bachelor of Science en logistique des approvisionnements dans le secteur automobile. Ce partenariat a débouché sur la création d’un centre « Ford » sur le campus de l’université, les formations sont dispensées à la fois par des universitaires et des cadres de Ford. » (p.38)
Notre avenir, ce serait une université financée par Ford et dont les cours seraient dispensés par « des cadres de Ford » ? Ford, qui liquide des milliers d’emplois (75.000 sur 140.000 aux Etats-Unis en septembre 2006) ? Mais aussi Peugeot, Airbus ou Alcatel qui suppriment des milliers de postes hautement qualifiés (ingénieurs notamment) ? Qui peut accepter que nous soyons sacrifiés sur l’autel des privatisations ?
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N’est-ce pas l’interdiction d’étudier les filières de notre choix ?
Avec l’autonomie des universités, les établissements universitaires, répétons-le, vont donc « créer les enseignements qu’ils veulent ». La carte nationale des formations universitaires est donc bouleversée. Aujourd’hui, dans chacune des 86 universités de ce pays, un étudiant peut avoir accès à quasiment toutes les filières de son choix.
Mais demain avec l’autonomie des universités, des filières, des UFR voire des universités entières vont être rayées de cette carte nationale de formation. Avec la mise en place de regroupement d’universités en « pôles » (PRES(1), EPCS(2), RTRA(3)), toutes les filières, les UFR, les universités dont l’offre de formation ne correspond pas au bassin d’emploi local doivent disparaître.
C’est ainsi que Paris-I se trouve menacé de quitter les lieux de la Sorbonne selon le Conseil d’administration (CA) du 23 octobre 2006 (4), au moment où se forme le pôle EPCS « Paris-Centre » qui fusionne Paris-I, Paris-V et Paris-VII, et pour lequel l’offre de formation va être totalement revue.
Qu’allons-nous devenir, nous qui étudions la philosophie, les lettres modernes ou l’histoire ?
Autonomie des universités : d’où cela vient-il ?
Le 19 juin 1999, 29 ministres européens en charge de l’enseignement supérieur adoptent à Bologne une déclaration dans laquelle ils s’engagent à ouvrir les universités à la « compétitivité ». C’est le LMD (Licence-Mater-Doctorat) qui consiste à : « permettre aux Universités françaises, comme le font toutes les grandes universités au monde de proposer leurs programmes et leurs diplômes » (circulaire ministérielle datée du 14 novembre 2002)
C’est le début de la destruction des diplômes nationaux de ce pays, de l’offre de formation universitaire et de la privatisation des universités qui seront poursuivis et amplifiés par la Commission européenne, dans une communication (5) recommandant « une autonomie et une responsabilité effective des universités » et indiquant :
« Il est probable qu’à l’avenir la plus grande part des ressources nécessaires pour mettre fin au sous financement des universités devra provenir de sources non publiques » et soulignant le fait que : « Les universités n’ont pas toutes besoin d’avoir le même portefeuille de disciplines et de services universitaires ».
Après avoir mis en pièce nos diplômes, nous n’aurions plus la possibilité d’étudier les disciplines de notre choix ? N’est-ce pas l’Union européenne qui nous empêche de nous former et de poursuivre nos études ?
Autonomie des universités : comment faire pour retirer la loi ?
Dans le quotidien Le Monde du jeudi 24 mai, il est indiqué concernant la loi sur l’autonomie des universités : « Mercredi, les organisations étudiantes ont fait part de leur satisfaction. » ; Bruno Julliard, président de l’UNEF ajoutant : « La modernisation nécessaire de nos universités exige davantage que la seule question de l’autonomie ». Donc il faudrait aller encore plus loin que la loi sur l’autonomie qui menace de destruction les universités de ce pays ? Comment comprendre ?
Dans nos TD et amphis, ne faut-il pas poser la question d’une délégation auprès des responsables de l’Université (le Conseil d’administration), pour exiger le maintien de tous les TD, filières, UFR, du nombre d’étudiants, de tous les emplois de l’Université ; pour exiger que les diplômes ne soient pas définis pas les entreprises locales ; et par conséquent, pour exiger le retrait de la loi sur l’autonomie des universités ?