Mensonge et corporatisme
Information ouvrière L'éditorial du 27 septembre
Pas un jour sans un discours — du président ou du Premier ministre — annonçant de nouvelles mesures contre les travailleurs et la jeunesse. Sous l’avalanche, chacun s’interroge : comment s’y retrouver ? Et comment agir ?
Tout peut être ramené à ces deux mots : mensonge et corporatisme.
Mensonge : il ne s’agit pas d’un jugement moral, mais d’un fait social. Chacune des mesures anti-ouvrières est « justifiée » par une situation invariablement présentée comme catastrophique, les plans du gouvernement visant… à la sauver !
Mensonge social, répétons-le. Pour n’en prendre qu’un exemple : La Tribune (25 septembre) évoque, à propos de la Sécurité sociale, une « dérive dramatique qui nous conduit à un trou de près de 13 milliards d’euros ». Dérive dramatique qui, si l’on comprend bien, explique le recours aux franchises, le déremboursement de médicaments, etc.
Il y a deux mois, pourtant, le gouvernement a fait voter au Parlement un « paquet fiscal et social », cadeau au patronat d’un montant de… 15 milliards d’euros… A l’époque, La Tribune, comme toute la presse capitaliste, a applaudi des deux mains.
Comme quoi 15 milliards d’euros, selon le côté de la barrière de classe où ils tombent, peuvent être soit une divine surprise, soit une dérive dramatique.
C’est bien d’intérêts de classe qu’il s’agit, et donc de lutte des classes.
Et c’est pour tenter de le masquer que l’on multiplie, en haut lieu, mensonges et dramatisations artificielles…
« Trou de la Sécu », déficit des régimes de retraite, insuffisante compétitivité de l’industrie, manque de flexibilité du Code du travail : tout cela est présenté comme autant de catastrophes naturelles contre lesquelles l’union de tous, patrons et ouvriers, serait la seule issue.
Tel est le but de ces mensonges érigés en art de gouvernement : le corporatisme. Président et ministres ne s’en cachent pas : au nom de l’intérêt commun et de « l’équité », les organisations syndicales devraient prendre en charge toutes les contre-réformes.
Le ministre Xavier Bertrand lui-même donne les limites du « dialogue » gouvernement-syndicats : « Il y aura dialogue (…). Ce sera une réforme progressive (…). On ne passera pas de 37,5 ans à 41 ans du jour au lendemain. » Pas du jour au lendemain…, peut-être du jour au surlendemain, mais on y passera, coûte que coûte : dialogue ?
C’est ce que le quotidien Le Monde appelle « un véritable remodelage du système français des relations sociales », soulignant : « In fine, la feuille de route des partenaires sociaux revient à mettre en musique les promesses » de Sarkozy. C’est un « séisme », ajoute La Tribune, qui s’inquiète pourtant : « Reste à savoir si les Français sont prêts. »
Telle est la question.
Des syndicats qui acceptent de participer au démantèlement des réformes arrachées par la lutte de classe et à l’instauration de contre-réformes, cela, à toutes les époques et sous toutes les latitudes, s’est toujours appelé : syndicats intégrés.
Un régime politique où les syndicats sont ainsi intégrés à l’Etat (et à l’Union européenne) porte un nom : le corporatisme.
Ce gouvernement a la volonté d’aller jusqu’au bout dans la mise en place d’un tel régime corporatiste (1), jusqu’au bout du principe de subsidiarité cher à l’Union européenne.?Les discours du président de la République l’expriment sans détour.
La défense des conquêtes, droits et garanties de la classe ouvrière est indissociable de la défense de l’indépendance des organisations syndicales.
L’une et l’autre ne peuvent être assurées que par la lutte de classe, dans l’unité des travailleurs et de leurs organisations refusant de s’intégrer. C’est la voie de la lutte contre le corporatisme, pour défendre et reconquérir la démocratie.
N’est-ce pas là la base politique pour édifier un authentique parti ouvrier indépendant ?
Daniel Gluckstein
(1) Dans un régime corporatiste, l’organisation syndicale n’a plus en charge la défense des intérêts particuliers des salariés.?Elle est intégrée à l’Etat et à ses institutions nationales et régionales pour mettre en œuvre la politique du gouvernement (et de l’Union européenne) au nom de l’intérêt général et du « bien commun ».