Quand Sarko part en croisade contre la Laïcité
On m’a envoyé cet article des Echos, en le lisant je me suis dit que je devais le mettre sur mon blog tant cette chronique pose de façon pertinente toute une série de problèmes liés au comportement de Sarko vis à vis de la Religion.
Plus que jamais il me semble qu’il faut revenir aux fondamentaux, c’est à dire à la laïcité définie par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 !!!
Questions sur une rupture laïque
La rupture tant annoncée par le candidat Sarkozy s’était beaucoup illustrée, jusqu’à présent, dans le style de la présidence. Or voici qu’à la veille de Noël elle est intervenue sur un sujet de fond auquel on ne s’attendait pas : la laïcité. Certes, lors de son discours du 20 décembre à la basilique Saint-Jean-de-Latran, à Rome, le chef de l’Etat a rappelé son attachement à la laïcité, « condition de la paix civile ». Mais il n’était pas venu là pour rabâcher les vieux principes. Il a enchaîné avec des propos que l’on n’avait jamais entendus de la bouche d’un président de la République, y compris celle du général de Gaulle, dont la foi catholique était pourtant bien connue. Ainsi a-t-il affirmé qu’« un homme qui croit est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ».
De tels propos seraient banals sous la plume d’un responsable religieux. Sous celle du premier magistrat de la République, ils soulèvent une double question. D’abord, on est tenté de lui demander de préciser sa pensée. Il vante l’homme qui espère. Très bien. Mais qui espère quoi ? Le propos ayant été tenu dans l’un des plus prestigieux édifices de l’Eglise romaine, on imagine que cette espérance puisse être de nature religieuse. Mais, dans cette hypothèse, le président serait nettement sorti des sentiers balisés depuis un siècle par la laïcité républicaine. Et s’il s’agit de l’espérance en la raison, la science, la tolérance, ou d’autres valeurs portées par l’esprit des Lumières, pourquoi le président ne l’a-t-il pas précisé ?
La seconde perplexité est plus philosophique encore. Le chef de l’Etat semble considérer que l’espérance est un pilier essentiel de l’aventure humaine. Donnons-lui acte qu’une partie de la tradition philosophique de l’Occident pense de même. Mais il convient d’ajouter aussitôt qu’une autre partie s’inscrit en sens contraire. C’est le cas de Montaigne et surtout de Spinoza, dont les thèmes ont été brillamment renouvelés ces dernières années par André Comte-Sponville. Dans son « Traité du désespoir et de la béatitude », ce dernier expose, fidèle au maître d’Amsterdam, que la paix intérieure n’est pas à chercher dans une espérance de type messianique, mais dans la sagesse du présent. Le citoyen Nicolas Sarkozy est parfaitement libre d’opter pour l’une des deux grandes branches de la tradition philosophique occidentale plutôt que pour l’autre.
Mais d’où le président de la République tient-il l’autorité pour engager la France dans ce choix ? La laïcité, ce n’est pas seulement la neutralité de l’Etat à l’égard des religions ; c’est aussi le neutralité vis-à-vis de toutes les options philosophiques. Le discours du Latran n’ayant, à l’évidence, pas été improvisé, on se demande donc s’il s’agit d’un nouveau pas vers la culture américaine ou s’il s’agit d’une tentative que ne renierait pas Régis Debray de redonner à l’Etat et à la nation des racines spirituelles. »