edito information ouvrière
Est-il incongru de revenir une nouvelle fois sur les conséquences de la politique imposée par la Banque centrale européenne ? Et donc de s’interroger sur le silence pesant observé par toute la « gauche » (extrême gauche comprise) sur ce sujet ?
Le monde de la finance s’alarme des conséquences désastreuses pour ses affaires de la crise provoquée par des spéculateurs sans foi ni loi qui ont exploité sans vergogne ces centaines de milliers de gens contraints de s’endetter pour pouvoir se loger aux Etats-Unis. La crise menace tout le système de crédit.
Au nom de la lutte contre l’inflation que le président de la BCE mène de concert avec la Réserve fédérale américaine, Bernard Trichet annonce l’augmentation des taux d’intérêts en Europe pour septembre.?
Conséquence immédiate sur la dette de l’Etat : les intérêts (les royalties payées par l’Etat, donc par les contribuables, aux banques d’affaires internationales) bondissent.
Réaction du gouvernement : il faut donner un nouveau tour de vis à la dépense de l’Etat.
Eric Woerth, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, réaffirme, le 7 août, dans Le Figaro, l’objectif que lui a fixé Sarkozy, en s’engageant fin juin devant les ministres des Finances de l’Union européenne : « Parvenir à l’équilibre des finances d’ici 2012 et, avant, si possible. »
Se félicitant du nouveau périmètre plaçant, conformément aux instructions de l’Union européenne, sous la tutelle de son ministère le financement de la Sécurité sociale, Eric Woerth ajoute : « Ce regroupement des comptes me permettra d’agir sur l’ensemble des éléments contribuant aux critères de cette dette et du déficit public. »
C’est ainsi qu’au plus profond de l’été, le quotidien Les Echos, daté du mardi 7 août, annonce tout à trac : « Pour tenir l’objectif d’un déficit public limité à 2,3 % du PIB en 2008, un effort très substantiel doit être réalisé sur le régime général de la Sécurité sociale, dont le déficit sera proche des 12 milliards d’euros cette année (…). Le plan de redressement décidé début juillet aura un impact supplémentaire de 800 millions d’euros l’année prochaine, auxquels s’ajouteront les 600 millions d’économie attendus sur la maîtrise des prescriptions (antibiotiques, anticholestérol, arrêts maladie, transports médicaux, etc.), ainsi que les 850 millions de gains liés aux franchises (…). Mais que ce soit pour la branche maladie ou pour l’ensemble du régime général, les économies décidées à ce stade s’avèrent insuffisantes. »
La boucle est bouclée. L’étau se referme.
Fidèle relais des décisions de l’Union européenne et de la BCE, instrument des marchés financiers américains, le gouvernement sonne à nouveau la charge contre la Sécurité sociale. Il lui faut absolument réinjecter les milliards qui leur échappent encore dans la course folle des marchés financiers vers l’abîme.
On pille, via les exonérations patronales, les caisses de la Sécurité sociale, chargées de collecter le salaire différé de millions de travailleurs ; on intègre, conformément aux exigences de Bruxelles, le budget de la Sécu dans le budget de l’Etat, sous la haute autorité du ministre des Comptes ; on crie au feu en désignant du doigt le « trou » fabriqué de la Sécu, pour tomber à bras raccourcis sur le retraité à la pension modeste afin de le faire payer jusqu’à son dernier souffle.
N’y a-t-il pas nécessité absolue, en ces moments décisifs pour tout le mouvement ouvrier, pour la défense de toutes les conquêtes sociales des travailleurs, de briser cet engrenage ? N’y a-t-il pas, pour cela, urgence à relier étroitement l’exigence de l’abrogation de toutes les franchises, de la restitution des 200 milliards d’exonérations patronales, de retour à la Sécu de 1945, à celle du retrait de l’Union européenne et de tous ses traités ? Ce sont les questions que nous versons au débat qui prépare la convention ouvrière et socialiste les 24 et 25 novembre, à Paris.